Demain

Updated: Apr 10, 2019

Par Marie Eve Faucher

Je n’ai pas envie d’être avec toi, parce que je n’ai pas envie de te dire que je suis malade. Je n’ai pas envie d’être avec toi, surtout parce que je n’ai pas le goût de te raconter ce qui m’est arrivé. Je me dis que ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal, au même titre que ce qu'on ne fait pas ne peut pas nous blesser.


Je suis brisée. Il y a des petits morceaux de mon cerveau qui sont malades, qui ne fonctionnent pas très bien. Les choses qui sont faciles pour toi sont vraiment difficiles (lire impossible) pour moi. Je me demande sincèrement dans quel monde tu voudrais de quelqu’un comme moi. Quelqu’un qui a de la misère à manger comme il faut, à parler comme il faut, à dormir comme il faut. Il y a des moments ou je me réveille durant la nuit en pleurant, en criant et en demandant à l’univers pourquoi me fait-on vivre un tel enfer. J'ai rarement hâte aux lendemains. Je n'ai pas hâte aux lendemains parce que je sais que ça va se reproduire. Encore et encore. Je ne veux pas que tu sois à mes côtés quand ça arrive. J’ai peur que tu partes de mon lit et que tu ne reviennes jamais. J’ai peur que tu m’abandonnes. C’est pour ça que je ne veux pas te le dire, parce que tu ne dois pas savoir ce que c'est, et je sais comment ça fait peur quand on ne connaît pas ça.


Déjà que je suis dur à vivre pour moi-même, je peux même pas imaginer comment ça doit être dur à vivre pour les autres. Je n'ai pas envie de te perdre, mais en même temps je me sens malhonnête de ne pas te le dire, de ne pas te dire qui je suis vraiment. Parce que tout ça, ça fait partie de moi. Je l’accepte maintenant, j’ai travaillé tellement fort. Ça fait des années que je travaille sur moi pour pouvoir m’aimer quand même. Alors je me demande vraiment si tu m’aimerais si tu savais. C’est dur d’aimer quelqu’un comme moi, je sais. Moi aussi j’ai de la misère.


On dirait que même en 2019 avec toutes les campagnes de sensibilisation et toutes les histoires qu’on entend, c’est encore tellement tabou de parler de santé mentale. Je n'ose pas. Je n'ose pas et je ne suis sûrement pas la seule qui n'ose pas. Pourtant si j’étais diabétique je te le dirais. Ça, ça ne me dérangerait pas. Mais te dire que dans ma tête ça ne va pas? Ça, jamais.


D’un autre côté, maudit que j’ai envie d’être avec toi. J’ai envie d’être avec toi parce que j’me sens normal et je ne me sens pas malade quand t’es là. Ton rire c’est comme un tellement beau pansement sur mes blessures. Tu me fais du bien et grâce à toi j’ai espoir. L’espoir que je ne serais pas comme ça toute ma vie. Tu m’inspires et tu me donnes l’impression que les montagnes devant moi sont un peu moins hautes, un peu moins dures à escalader. On est comme une armée de deux personnes. Depuis que t’es là je me sens comme un petit soldat, je me sens comme si je pouvais affronter n’importe quoi. Grâce à toi, je vois la fin. J’ai toujours cru au grand amour et je me demande si c’est toi, si c’est toi mon mien. Je me demande ce que j’ai fait pour te mériter. J’ai tellement peur de l'éphémérité.

Des fois j’aurais le goût de placarder la ville de banderoles disant qu’être comme moi c’est pas la fin du monde et qu’au fond maudit que je suis une bonne personne. Que ça change rien à la femme au grand cœur et remplie de bonnes intentions que je suis. Je me dis souvent qu’on devrait en parler plus souvent, partout. Qu’on devrait en parler dans les écoles et à la télévision. Qu'on devrait avoir plus de lignes d’écoute et d’aide. On devrait avoir plus qu’une campagne de sensibilisation par année et on ne devrait surtout pas avoir peur d’en parler à ceux qu’on aime. J’aimerais ça que tout le monde en parle pour que d’autres personnes comme moi n’aient pas peur de le dire et n’aient pas peur d’être amoureuses. Parce qu’au fond, c’est ça la clé de la guérison, l’amour.


On dirait que je veux me détacher de ma maladie et je veux être moi, juste moi. En faite, je veux être nous, juste nous. En voyant la possibilité d’un futur avec toi, pour la première fois depuis longtemps, j’ai hâte à demain.

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