La Reine de l'Indépendance

Par Andréanne Demers


Le cliché de l’homme super indépendant et de la femme un peu plus "needy" on le connait tous. Enfant, c’est d’ailleurs un peu ce qu’on nous apprend. Cendrillon, La belle au bois dormant, Blanche neige...Toutes sauvées par des princes, sans exception. À six ans, on n’y réfléchit pas. Ça semble plutôt normal, voire même un scénario presque parfait. Moi-même j’enviais ces princesses fictives : wow, quelle chance ! Se faire sauver de tous les problèmes par leur toujours très jolie âme sœur ! Étais-je la prochaine sur la (très longue) liste d’attente ?


Parfois, j’en parlais à ma grand-mère qui ne semblait pas du tout du même avis. Je me souviens d’un après-midi où je lui avais parlé de La belle au bois dormant. Sadly, j’ai très rapidement compris qu’elle ne croyait pas du tout à ces histoires de princesses et de magie amoureuse. Personne ne m’avait encore parlé avec une telle franchise, voire même aversion pour les contes de fées. Je dois dire qu’elle ne croyait pas non plus à l’amitié, donc ses conseils étaient toujours à prendre à la légère. Difficile de dire pourquoi, mais j’accordais toujours une grande importance à ce qu’elle disait.


Ma grand-mère, Gisèle, était une femme légèrement intimidante, un peu snob, mais ô combien fascinante. Plus intéressant encore, elle avait eu une carrière plutôt réussie. Dans les années 1960, ma grand-mère avait réussi à élever ses cinq enfants sans mari, tout en ayant une carrière à succès chez Radio-Canada, faisant d’elle l’une des seules femmes dans son domaine. Impressionnant. Je me suis donc demandé si c’était plutôt elle qui avait raison. Était-ce vrai que la clef du succès était donc de faire confiance à absolument personne et de prendre plaisir à être redouté dans son domaine ? C’était peut-être exagéré, mais j’y voyais quand même un fond de vérité. Aucune autre personne dans ma famille n’avait connu une carrière aussi impressionnante que la sienne. Moi ayant toujours cru être une femme de carrière, je voulais donc être comme elle et elle est rapidement devenu mon modèle.

Gisèle, toujours aussi cool.

Mon premier objectif a donc toujours été de réussir professionnellement, le reste passait en deuxième. Lentement, je me suis convaincue (sans même le réaliser) que j’avais besoin de personne. Plus précisément, que je ne voulais pas avoir besoin de quelqu’un (grande erreur de parcours). J’étais tellement concentrée sur la réussite, sur mon besoin de prouver mon indépendance, que j’accordais pratiquement aucune importance à d’autres choses. Dans mon obsession de performance et de réussite, ça m’était presque impossible. J’avais donc horreur d’une chose : demander de l’aide. Jamais ô grand jamais ! J’avais seulement un but : avoir une carrière impressionnante sans l’aide de personne. Comme Gisèle. Finalement, sans même voir le temps passer, j’ai moi-même un jour réussi. J’étais fière, mais je me sentais vide.


Tout le monde le dit, le bonheur est un état d’esprit. Tout de même, il semblerait qu’il soit parfois difficile de s’y rendre. C’est par un matin banal dans le train, que j’ai soudainement réalisé à quel point je ne supportais plus de faire ce trajet qui me semblait tout d’un coup si ennuyant et futile. J’étais soudainement épuisée de me rendre en ville à tous les jours et de traverser ce pont à la même heure. Apercevoir Montréal au loin n’était plus signe de bonheur ou d’accomplissement, mais plutôt d’ennui et d’indifférence. Pourtant, quand j’avais 14 ans, travailler à Montréal était certainement l’un de mes plus grands rêves. Le tout semblait même irréel. Je n’arrivais pas à m’imaginer capable d’atteindre ce but, ça semblait tellement gros. Je me souviens d’un moment précis. J’étais en route vers Montréal avec l’une de mes bonnes amies à l’époque. C’était le soir et je pouvais apercevoir les impressionnantes lumières de la métropole au loin. Elle et moi, nous étions complètement charmées par cette vue pratiquement parfaite. Un impressionnant contraste avec la vie de banlieue. Je me souviens de ce qu’elle m’avait dit ; « un jour on y habitera, ça sera notre vie ». L’idée semblait presque impossible, mais je ne pouvais m’empêcher d’espérer. Maintenant dix ans plus tard, j’y suis. Mais je suis déjà fatiguée. À quel moment est-ce que j’ai perdu tout émerveillement et enchantement envers cette ville qui était autrefois un rêve pour moi ? À quel moment est-ce que la routine est devenue insupportable ?


À trop vouloir me prouver à tout le monde, j’ai oublié de m’écouter. Ma course à l’indépendance m’avait fait oublier pourquoi je voulais tant être indépendante au départ. Étais-je donc devenue trop indépendante ? Est-il même possible d’être trop indépendante ? Comme ma chère grand-mère Gisèle qui un jour fit le choix d’associer l’amitié et l’amour à une faiblesse dans le domaine professionnel ? Est-il vrai que les hommes (et soyons francs des fois même certaines femmes) sont facilement intimidés par certaines se définissant comme étant des femmes de carrière, ou ne voulant pas d’enfants ? Peut-être bien.


Je ne crois pas que l’indépendance soit synonyme de désintérêt pour autant. Elle n’enlève rien non plus à la féminité. Comme pour tout, une question de balance. Parfois je me demande encore à quoi ma grand-mère pensait. Comment elle est arrivée à la conclusion que l’amitié ou les émotions n’avaient aucune place dans l’équation du succès. Un vrai mystère à percer!

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